Une récente décision européenne a établi l’Algérie comme partenaire structurel du système de sécurité énergétique au-delà de 2027, après avoir exclu le gaz algérien des procédures d’audit strictes imposées à la plupart des fournisseurs, dans une référence explicite à un long équilibre de confiance et non à une réponse circonstanciée à une crise passagère.
La décision de l’Union européenne d’exempter le gaz algérien de procédures d’audit supplémentaires n’est pas un simple détail administratif en pleine réorganisation du marché de l’énergie. Il s’agit plutôt d’un signal politique et économique clair indiquant la position de l’Algérie dans l’équation de la sécurité énergétique européenne au-delà de 2027. À un moment caractérisé par une sensibilité réglementaire accrue et des normes de plus en plus strictes, Bruxelles a choisi de placer l’Algérie dans le cercle des « fournisseurs à faible risque », dans une démarche qui reflète une longue accumulation de confiance et non une décision circonstancielle imposée par la crise.
La décision figurait dans un projet de document de la Commission européenne relatif au projet du bloc d’éliminer progressivement les importations de gaz russe. Selon ce texte, les entreprises approvisionnant en dehors de la Russie devront obtenir l’autorisation préalable des autorités douanières européennes pour prouver le pays de production de gaz cinq jours avant l’arrivée des expéditions, qu’il s’agisse de gaz transporté par gazoducs ou de gaz naturel liquéfié. L’Union européenne a toutefois décidé d’exclure de ces procédures un nombre limité de pays, l’Algérie en tête.
Cette exception n’était pas accordée gratuitement, mais reposait sur une évaluation européenne estimant que les risques de mélange du gaz russe avec les approvisionnements algériens étaient quasi inexistants. L’absence de toute connexion au réseau permettant le passage du gaz russe à travers l’Algérie, en plus d’un long historique d’engagements contractuels et de non-utilisation de l’approvisionnement énergétique comme outil de pression politique, a classé l’Algérie parmi les fournisseurs les plus fiables, de sorte qu’elle a été incluse directement sur la liste des exemptions sans conditions transitoires ni réexamens intermédiaires.
Cette évolution s’inscrit dans le contexte d’une année exceptionnelle pour le marché européen du gaz. Les importations de gaz naturel liquéfié de l’Union européenne au cours de l’année 2025 ont atteint un niveau record de 103,44 millions de tonnes, soit une augmentation de 24 % par rapport à 2024. Les données indiquent que seuls cinq pays ont acquis environ 90 % de ces approvisionnements totaux : les États-Unis, la Russie, le Qatar, l’Algérie et le Nigeria, ce qui place l’Algérie dans un cercle étroit de fournisseurs difficiles à contourner dans les calculs stratégiques européens.
Quant au gaz naturel liquéfié algérien, les chiffres montrent une concentration quasi totale des exportations vers le marché européen. Cinq pays représentaient 96% des exportations totales de l’Algérie en 2025, menés par la Turquie avec 3,14 millions de tonnes, suivie par la France avec 2,31 millions de tonnes, puis l’Italie avec 1,62 million de tonnes, l’Espagne avec 1,44 million de tonnes et le Royaume-Uni avec 0,64 million de tonnes. Cette répartition reflète le positionnement du gaz algérien au sein de marchés stables avec une demande à long terme, à l’écart des fluctuations immédiates du marché.
En revanche, l’exonération de l’Algérie coïncide avec une forte baisse de la part russe sur le marché européen. Après que les exportations russes vers l’Union européenne aient atteint 151 milliards de mètres cubes en 2021, elles sont tombées à seulement 37 milliards de mètres cubes en 2025, tandis que la Norvège et les États-Unis sont devenus d’importants fournisseurs. Cependant, la différence fondamentale est que l’Algérie a maintenu sa position sans expansions circonstancielles ni sauts inaperçus, ce qui a renforcé son image de fournisseur stable dans la phase de refonte de la carte énergétique.
D’un point de vue économique, cette exonération a un impact direct sur la compétitivité du gaz algérien, car elle réduit les exigences de conformité réglementaire et réduit les risques de retards dans les ports européens, facteurs cruciaux dans un marché où le prix est calculé à l’heure et non au mois. Quant au politique ; Cette décision reflète la conviction européenne que la sécurité énergétique ne repose pas seulement sur des approvisionnements abondants, mais également sur la fiabilité des partenaires.
Il convient de noter que cette concession réglementaire place non seulement l’Algérie dans la position d’une alternative temporaire à la Russie, mais l’établit également comme un élément structurel au sein du système énergétique européen après 2027, une classification qui n’a pas été accordée par des déclarations, mais plutôt par des chiffres, une stabilité et un engagement à long terme.
Fahima. pour