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Pour étouffer la voix palestinienne… le Festival du Film de Berlin est sous pression

oussama

La tempête de débats qui a frappé le Festival du Film de Berlin n’a pas pris fin avec la clôture de la dernière séance. Après des semaines d’accusations et de débats politiques sur la guerre d’anéantissement israélienne contre Gaza, le comité de supervision du festival a décidé, lors d’une réunion tenue aujourd’hui mercredi, de maintenir Tricia Tuttle à son poste de présidente, mais elle est obligée de se soumettre à de nouvelles conditions strictes, notamment l’imposition d’un « code de conduite » qui inclut une interdiction explicite de ce qui est qualifié d’« antisémitisme ».

Cette décision intervient au milieu d’une crise sans précédent qu’a connue le Festival du Film de Berlin à l’issue de sa soixante-seizième session, qui s’est tenue du 12 au 22 février dernier. L’événement s’est transformé en une arène de débat politique qui est passé d’accusations de censure à des débats houleux sur la liberté d’expression et les limites du discours politique dans les événements culturels soutenus par le gouvernement.

Ce débat a éclaté lorsque le jury a été interrogé sur son silence face à la guerre génocidaire lancée par l’occupation israélienne dans la bande de Gaza. Le président du comité, le réalisateur allemand Wim Wenders, a répondu que le cinéma devait rester « en dehors de la politique », estimant que l’entrée des cinéastes dans la politique les faisait agir comme des politiciens et non comme des artistes. Ces déclarations ont suscité une controverse à l’intérieur et à l’extérieur du Festival du film de Berlin et ont déclenché ce que l’administration du festival a décrit plus tard comme une « tempête médiatique ».

Selon ce qu’a rapporté mercredi le journal conservateur allemand Bild, le ministère de la Culture n’est pas parvenu à un accord avec Tricia Tuttle concernant la résiliation de son contrat, qui lui reste encore trois ans. Au lieu de cela, il a été convenu qu’elle continuerait à exercer ses fonctions en échange de son acceptation de la création d’un nouveau conseil consultatif et de l’adoption d’un code de conduite que tous les participants au festival seraient tenus de signer. Selon le journal, ce code comprendra un texte explicite imposant une « interdiction de l’antisémitisme », qui s’appliquera à tous les invités et cinéastes.

L’accent mis sur « l’interdiction de l’antisémitisme » s’inscrit dans un contexte plus large dans lequel le gouvernement allemand exploite ce concept pour restreindre les voix critiques à l’égard de la guerre israélienne contre Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, Berlin a renforcé ses restrictions sur les manifestations et événements culturels en solidarité avec les Palestiniens, en plus de mesures visant des militants, des artistes, ou encore des symboles culturels comme le keffieh palestinien.

Dans ce contexte, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a décrit l’Allemagne comme un « État policier ». Albanese a déclaré, dans une déclaration à Al-Araby Al-Jadeed en janvier dernier : « L’Allemagne rejette toute voix contre son récit concernant la Palestine et assiège toute personne qui manifeste ou exprime une opinion différente. Le gouvernement allemand nie être un État policier, malgré ce que nous voyons dans les rues de Berlin de violence excessive et injustifiée contre les manifestants, ainsi que l’arrestation de ceux qui portent le keffieh ou déclarent publiquement leur rejet des pratiques israéliennes et du génocide incessant en Gaza. »

Il convient de noter que la crise du Festival de Berlin s’est aggravée lors de la cérémonie de clôture, lorsqu’un certain nombre de lauréats ont utilisé leurs paroles pour exprimer leur soutien à la cause palestinienne. Le plus éminent d’entre eux était le réalisateur syro-palestinien Abdullah Al-Khatib, qui a remporté le prix du meilleur premier film de réalisateur dans la catégorie « Perspectives » pour son documentaire « Incidents de siège ». Al-Khatib a vivement critiqué le gouvernement allemand, l’accusant de complicité dans le génocide à Gaza. Le ministre fédéral de l’Environnement, Carsten Schneider, a alors quitté la salle en signe de protestation.

Tuttle a également été critiquée dans les médias de droite pour une photo prise d’elle lors de la projection du film, sur laquelle elle apparaissait aux côtés des cinéastes portant des keffiehs et des drapeaux palestiniens. Dans une interview accordée au journal Rheinische Post, le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimar, a qualifié ce qui s’est passé de « discours de haine », d’« attaques d’activistes » et de « haine envers Israël », soulignant la nécessité d’établir un cadre réglementaire qui empêche la répétition de tels incidents. Il convient de noter que le gouvernement allemand est le principal bailleur de fonds du festival, couvrant environ 40 % de son budget.

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Cependant, ce qui a suscité un plus grand débat est que les déclarations et les symboles qui ont déclenché la crise n’ont pas violé la loi allemande, ce qui soulève des questions sur la manière d’aligner le nouveau code de conduite sur les garanties de liberté d’expression.

Bild rapporte que parmi les demandes du ministère figure également le renforcement de la présence hollywoodienne au festival, dans le but de restaurer son éclat international.

En revanche, la réalisatrice, Tricia Tuttle, a reçu un soutien politique et culturel remarquable. Le président de la commission parlementaire de la culture et des médias, Sven Lehmann, s’est félicité de sa poursuite, estimant que la campagne contre le festival démontrait « sa force et son engagement envers le festival ». Des dizaines de directeurs de grands festivals (de Cannes à Toronto en passant par Sundance) ont signé une déclaration commune confirmant leur confiance et appelant à protéger l’indépendance des festivals en tant qu’espaces de libre discussion et d’échange d’idées. En outre, des milliers de cinéastes et de travailleurs de l’industrie ont signé une pétition de soutien, notamment Sean Baker, Tilda Swinton et Todd Haynes, tandis que des centaines d’employés de la Berlinale ont envoyé une lettre ouverte pour soutenir cette initiative.

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